OLIVIER381

Inscrit le: 08 Fév 2012 Messages: 1266 Localisation: GRENOBLE
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Posté le: Jeu 16 Aoû 2012 11:58 Sujet du message: Après Amiens.. |
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"Désormais, toutes les villes de France sont susceptibles d’être touchées par une émeute"
La Poste ne distribue plus les colis dans un quartier de Carrières-sous-Poissy (Yvelines) depuis quelques semaines. Un choix partagé par des médecins, chauffeurs de bus ou pompiers, qui préfèrent éviter certains quartiers dits "sensibles". Comment expliquer ce phénomène ?
Y-a-t-il des villes à l’abri de ce type de violences ?
Non. Dans les années 70, ces quartiers étaient très concentrés. Aujourd’hui, toutes les villes de France sont susceptibles d’être frappées par des scènes de violences urbaines. Toutes. Grandes, moyennes ou petites. Voyez une ville comme Méru, dans l’Oise, qui fait partie des quinze Zones de sécurité prioritaires (ZSP) annoncées par Manuel Valls. Quand vous voyez Méru, ville classée en zone gendarmerie, vous ne vous dites pas qu’il y a un problème. Et pourtant…
Des scènes de violence comme à Amiens, il y en aura d’autres, et on n’est pas à l’abri d’émeutes comme en novembre 2005. Il ne faut pas oublier qu’on a eu ensuite Villiers-Le-Bel ou les affrontements de la Gare du Nord en 2007. Pendant la campagne, les médias n’en ont pas beaucoup parlé, pour ne pas doper la droite ou l’extrême droite, mais ce n’est pas pour autant qu’elles ont disparu. Il ne se passe pas une soirée en France sans violences urbaines. Pas une soirée sans que des policiers soient pris à partie, que des poubelles soient brûlés. C’est un phénomène récurrent et inquiétant et qui n’est pas prêt d’être réglé.
Et ça va en empirant. Les délinquants n’hésitent plus à utiliser des armes à feu. A Villiers-Le-Bel, les policiers se sont fait tirer dessus à la carabine – plus d’une centaine ont été blessés. A Amiens, du mortier a été utilisé. Aux Etats-Unis, dans une telle situation, il y aurait 50 morts.
Parmi les forces de l’ordre ou les délinquants ?
Du côté des délinquants.
Y-a-t-il donc un manque de répondant en France de la part des policiers ?
Non, il y a une doctrine d’emploi qui est différente. En France, on a la hantise du syndrome Malik Oussekine. On craint que la mort d’un jeune ne déclenche des émeutes encore plus violentes.
Mais si les forces de l’ordre répondaient également à ces violentes émeutes, les fauteurs de troubles ne finiraient-ils pas par se calmer ?
Oui. Mais il est difficile de comparer la France et les Etats-Unis. Le rapport à l’autorité est différent là-bas, et l’application de la sanction aussi.
En France, les violences urbaines prennent de l’ampleur depuis des années, avec des sanctions judiciaires qui paraissent bien faibles et inadaptées, et une justice des mineurs impuissante. Le taux de mineurs interpelés après les émeutes de 2005 était de 50%. Avec un taux d’application des peines ridicule dans certains départements.
Ces violences ont-elles seulement un caractère social ?
Non, ces violences n’ont pas un caractère social : elles s’inscrivent dans un contexte socio-économique dégradé. Ca ne veut pas dire que les causes sont sociales.
Pourtant, des villes comme Amiens ou Avignon n’ont pas l’image de ghettos, contrairement à certaines villes de la banlieue parisienne.
Ah si, contrairement à ce qu’on pense, il y a des véritables ghettos dans des petites villes de province. Toutes les concentrations urbaines construites dans les années 70 ont généré des ghettos bien répartis sur tout le territoire. Quand vous pensez à Toulouse, vous vous imaginez autour d’une table à manger un cassoulet, mais c’est une image d’Epinal qui n’a rien à voir avec le quartier du Mirail. Concernant Paris, mes amis journalistes américains s’imaginent la plus belle ville du monde, s’imaginent le Moulin Rouge et Montmartre, mais pas le square Léon, dans le 18e arrondissement, où les policiers sont régulièrement caillassés.
Dans ces quartiers, un chauffeur de bus qui demande son ticket à un jeune dans le bus est pris pour un provocateur. La règle est de fermer les yeux.
Quelles sont donc les autres causes de ces violences ?
Je pense qu’il y a un vrai problème d’exercice de l’autorité parentale. A partir du moment où des jeunes s’attaquent à l’autorité publique, c’est qu’à l’origine l’autorité parentale a du mal à s’exercer. On a donc des jeunes sans repères, qui considèrent que la violence est un mode d’expression normal, et toujours dans un contexte victimisant. Ils ont un discours assez déroutant. On a l’impression qu’ils sont constamment en état de légitime défense, mais ils oublient que leurs victimes sont souvent issues du même quartier qu’eux. Ces jeunes nourrissent un profond ressentiment à l’égard de la société française.
Comment justement expliquer qu’ils se plaignent constamment d’être laissés-pour-compte, alors qu’ils attaquent eux-mêmes les services publics ?
C’est un discours victimisant que leur ont servi des générations d’adultes. C’est une idéologie de l’excuse, qui consiste à vouloir trouver des excuses atténuantes à des actes inqualifiables. Ces excuses partent d’un discours victimisant sur la crise sociale, sur l’exclusion scolaire, sur les insuffisances de la politique de la ville… Même si on sait que les causes de la délinquance sont multiples, et même s’il est évident que le contexte économique joue un rôle non négligeable, vouloir réduire cette délinquance à des critères économiques est très réducteur.
En parlant de politique de la ville, un programme de rénovation de 336 millions d'euros a justement été mis en place en 2005 dans les quartiers Nord d’Amiens. Cela n’est semble-t-il pas suffisant.
On pourrait dire beaucoup sur la politique de la ville ! Grenoble est un exemple symptomatique. Le quartier de la Villeneuve, qui a flambé en juillet 2010, est un des quartiers construits pour les Jeux olympiques d’hiver de 1968. Il a été un laboratoire social, avec une concentration exceptionnelle de services sociaux et culturels. C’est de loin un des quartiers les plus développés de la région Rhône-Alpes sur ce plan-là. Ca n’a pas empêché les trafics de drogue ni les violences urbaines de 2010.
Propos recueillis par Morgan Bourven atlantico _________________ Ce n’est pas la Gauche qui a gagné mais la France qui a perdu.
Nous allons sûrement en crever ! DADOU38 |
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